L’idée
Une seconde naissance, et une école qui change avec elle.
Maria Montessori a moins écrit sur l’adolescence que sur la petite enfance, mais ce qu’elle a écrit était radical : l’adolescent n’est pas un grand enfant, la salle de classe n’a pas la bonne forme pour cet âge, et la réforme qui compte est économique et sociale, pas académique. Cette page expose les idées sur lesquelles repose la formation Secondaire — et à partir desquelles est construit le programme des adolescents de Barcelona Montessori School.
Le troisième plan
De douze à dix-huit ans, ce n’est pas une étape de plus de l’enfance.
« Le principal symptôme de l’adolescence est un état d’attente, une tendance au travail créateur et un besoin de renforcer la confiance en soi. »Maria Montessori, From Childhood to Adolescence
Montessori a divisé le développement en plans d’environ six ans chacun, et elle a vu le troisième — de douze à dix-huit ans — comme une seconde naissance. La première naissance met un enfant au monde ; celle-ci fait entrer une personne dans la société. Le corps change, et l’esprit avec lui : moins absorbant, plus réfléchi, prompt à douter de lui-même, avide d’un groupe auquel appartenir et d’adultes qui le prennent au sérieux. Elle a appelé l’adolescent un nouveau-né social, et l’expression est exacte : capable de beaucoup, et nouveau en tout.
Deux choses en découlent. Un programme pour cet âge ne peut pas être une version plus difficile de l’école primaire, parce que la personne devant vous n’est pas un enfant en plus grand. Et il ne peut pas non plus être jugé selon les critères de l’enfance : elle a prévenu que l’adolescent ne doit jamais être traité comme un enfant, et qu’il vaut mieux lui supposer plus de valeur qu’il n’en montre que moins.
Erdkinder
Les enfants de la terre.
En 1939, Montessori a esquissé une école pour cet âge et lui a donné un nom allemand, Erdkinder — les enfants de la terre. Les adolescents vivraient et travailleraient ensemble à la campagne, tiendraient une ferme, une boutique et une maison d’hôtes, étudieraient à partir du travail qu’ils faisaient et apprendraient ce qu’est une communauté en en formant une. Le projet n’a jamais été construit de son vivant, et elle a dit clairement qu’il n’existait pas de méthode Montessori achevée pour le secondaire. Ce qu’elle a laissé n’est pas un programme mais un ensemble de convictions, mises à l’épreuve depuis par les écoles qui les ont reprises.
La ferme est l’image que tout le monde retient, et il vaut la peine de lire ce qu’elle a réellement écrit : « ce n’est pas la campagne en elle-même qui a tant de valeur, mais le travail à la campagne, et le “travail” en général, avec ses larges connotations sociales de productivité et de capacité à gagner sa vie ». L’essentiel est un travail réel aux conséquences réelles, accompli par les adolescents eux-mêmes — et cela peut se construire en ville, avec de la terre à portée. C’est la position que prend cette formation, et celle à partir de laquelle travaille l’école de Barcelone.
Valorisation
Se sentir capable par ses propres efforts.
Le mot au centre du plan de Montessori est la valorisation : le sentiment, chez l’adolescent, d’être capable de réussir dans la vie par ses propres efforts et ses propres mérites. Ce n’est pas une estime de soi distribuée par les adultes, et cela ne se gagne pas en aidant aux corvées ou en cuisinant pour les autres parce qu’on l’a demandé. Cela vient d’un travail réel — un problème qu’il fallait résoudre, une chose qu’il fallait finir assez bien pour qu’elle serve, une tâche sur laquelle la communauté comptait — et de la reconnaissance de la communauté.
C’est pourquoi le travail de la main compte tant à cet âge, et pourquoi il compte comme apprentissage plutôt que comme une pause dans l’apprentissage. Fabriquer une chose entière, de la matière brute à l’objet fini, et la mener à son terme, donne une certitude qu’aucun cours ne peut donner — et l’adolescent rapporte cette certitude dans la salle d’étude.
Production et échange
La réforme essentielle est économique.
« Produire pour des gens qu’il ne connaît pas. Cela représente un lien. »Maria Montessori, conférences d’Oxford, 1936
Montessori a appelé la réforme essentielle du secondaire le fait de mettre l’adolescent sur le chemin de l’indépendance économique. Non pour l’argent, mais pour ce que la tentative fait d’une personne. Les adolescents produisent quelque chose et le vendent — du miel, du pain, des cuillères, un repas — et l’argent est réel. Ce qui se vend, ce qu’il faut produire davantage, ce que l’on fait des recettes : ce sont désormais les décisions du groupe, avec des conséquences qu’il assume.
L’échange est l’autre moitié, et il est social avant d’être financier. Vendre, c’est se tenir devant un inconnu et expliquer son propre travail — comment le pain a été fait, ce qu’est cette école, pourquoi il a fallu une saison. Répétée assez souvent, cette conversation est la façon dont un adolescent de quatorze ans est introduit dans le monde adulte : depuis l’intérieur d’une communauté qui le protège pendant qu’il s’y essaie, et non en l’envoyant y travailler.
À Barcelone, cela commence dans une cuisine. Les adolescents du programme Secondaire ont une cuisine professionnelle à eux et la font tourner — les menus, les courses, le budget, la cuisine. C’est la réponse propre de l’école à la ferme de Montessori, et les questions de cet âge y arrivent d’elles-mêmes : ce qu’est un prix juste, s’il faut acheter moins cher ou meilleur, que faire quand le budget ne suffit pas.
Deux périodes sensibles
Dignité et justice.
Montessori a décrit l’adolescence comme la période sensible de deux choses : le sens de la dignité personnelle et le sens de la justice. Le premier, c’est le besoin d’entendre, et de prouver, « je peux » — encore et encore, dans un travail qui est vraiment le sien. Le second, c’est l’âge où les questions de justice cessent d’être abstraites : qui est payé combien, ce qu’une chose devrait coûter, qui est exploité et qui en profite. Un budget qui est vraiment le vôtre est le meilleur matériel qui soit pour les deux. L’éthique rencontre l’économie à la caisse.
Ce dont ils ont besoin
Six choses dont un adolescent a besoin.
Relisez ce que Montessori a écrit sur cet âge et les mêmes besoins reviennent. La protection — vis-à-vis du monde adulte dans lequel ils ne sont pas encore prêts à travailler, et contre la précipitation. Comprendre le monde — l’histoire, l’économie, les sciences, enseignées à partir du travail et non à côté de lui. L’activité physique, au grand air. Une communauté à laquelle appartenir, qui apprend avec ses adultes à mener ses propres affaires. La valorisation, comme plus haut. Et la solitude — un endroit où être seul, celle que la plupart des écoles oublient.
L’adulte
L’adulte qui n’est pas le centre de la pièce.
Tout ce qui précède dépend d’un adulte d’un autre genre. L’observation est la pierre angulaire : regarder avant d’intervenir, et souvent à la place. Ne pas juger, ne pas corriger par réflexe, ne pas confirmer — parce qu’à l’instant où un adulte dit que le raisonnement est juste, le raisonnement s’arrête. Encourager par la conversation sur le travail lui-même plutôt que par le compliment. Garder l’autorité — cet adulte n’est pas un ami — tout en faisant le même travail que celui demandé aux adolescents. Cuisiner, tisser, bêcher et s’asseoir au séminaire à leurs côtés n’est pas un geste ; c’est ainsi que la communauté voit que le travail est réel.
L’autre moitié de la préparation, c’est l’environnement. Dans le programme des adolescents, le matériel devient l’école elle-même — la cuisine, la terre, l’atelier, le livre de comptes — et le travail de l’adulte consiste à préparer cet environnement, puis à en faire partie. L’adulte et l’environnement ne sont pas deux préparations, mais une seule.
Ensuite
Ce que cela demande à la formation.
Une méthode s’enseigne en quelques mois. Les idées de cette page demandent quelque chose de plus lent : un adulte qui a fait le travail, s’est assis à la réunion de communauté, a fabriqué quelque chose et l’a vendu, et a été observé en le faisant. C’est pourquoi les résidences à Barcelone sont construites comme elles le sont, et pourquoi la recherche sur ce qui se passe dans le cerveau des élèves issus d’écoles Montessori vaut d’être lue en parallèle.
Formulaire d’intérêt Comment se déroule la formation Les preuves